JEUNESSE PERDUE

"Mais qu'est-ce que j'ai fait ?" se disait-il, affolé.
Il regardait le corps inerte, étendu à ses pieds. Perdu il se demandait comment il avait pu en arriver là. Comment ? Quand ? Telles étaient les questions qu'il se posait. Il était pourtant un
gentil garçon bien éduqué et brillant que tout le monde aimait, alors de quelle manière est-il devenu si ...
Éric se réveilla comme à son habitude en avance pour aller en cours. Il était un excellent élève voire même le meilleur de leur école. Simple, intelligent, pudique et modeste Éric était aimé de tous, aussi bien des enseignants que des élèves. Aujourd'hui était le dernier jour avant les vacances. Bien qu'il n'y aurait pas cours, Éric tint quand même à arriver de bonne heure. Comme dit le dicton "on ne change pas les bonnes habitudes". Le dernier jour se déroula à merveille :
grâce à ses excellents résultats, il reçut beaucoup de petites attentions de la part de ses camarades, du corps enseignant.
Arrivé devant sa porte, après son retour de l'école, il entendit gueuler à la porte :
- "Tu vas t’calmer j’t'ai dit ! criait son père sûrement saoul.
- Non ! Sors de chez moi ! répliquait sa mère sur le même ton.
- Bouge de mon chemin !" gueula son père qui avait l'air plus énervé encore.
Éric entendit sa mère crier de douleur. Depuis qu'il avait sept ans, il était constamment témoin de ce genre de scènes, son père battant sa mère. C'était extrêmement éprouvant pour lui mais il était impuissant face à son père alcoolique et violent. Il ouvrit la porte et vit sa mère allongée sur le sol tentant de se couvrir sous les coups violents de son père. Il la battait avec une sorte de canne.
"Viens m'aider Éric !" le supplia sa mère.
Son père lui lança un regard sombre et menaçant, qui signifiait beaucoup de choses, mais rien de bon. Il se redressa et attendit quelques secondes.

"Suis-moi toi !" dit-il en s'adressant à Éric.
Éric ne dit rien et suivit son père sans broncher au salon. Celui-ci lui ordonna d'un signe de tête de s'asseoir en face de lui sur le canapé.
"Si j’t'ai appelé, c'est parce que j'ai discuté avec un ancien ami à moi et on a conclu un marché :
tu vas t’marier avec sa fille", annonça son père.
Éric resta bouche bée, stupéfait, les yeux écarquillés. En réalité, il n'y a pas de mot pour décrire les émotions ressenties par Éric sur le moment. Il n'était tout simplement pas d'accord avec les plans de son père mais comment pourrait-il le contredire ? Son père le battrait sans pitié.
"Voilà, c'est tout ce que j'avais à t’dire, nous n'avons pas encore décidé d'une date mais ça s’fera
bientôt. T’as quelque chose à dire ? ", continua son père.
Éric se dit qu'il était temps de se rebeller et de pouvoir s'affirmer.
- "J...j...je...je...je
- Tu quoi ?
- J...j...je suis d... D... d...d'accord.
- C'est bien."
Éric se leva et partit dans sa chambre en titubant. Epuisé mentalement, il alla se coucher en aidant sa mère à se relever au passage.
Les sirènes retentissaient aux alentours, sûrement un voisin qui avait appelé la police après avoir entendu les cris. Abasourdi, il ne savait pas ce qui se passait autour, il se sentit plaqué au sol violemment, ses vêtement étaient imprégnés du sang de sa victime. Il se sentit transporté et placé dans une voiture.
Deux semaines étaient passées depuis l'annonce inattendue de son mariage forcé avec une inconnue. Éric n'avait toujours pas eu le courage de contredire son père. Alors il décida de se rendre chez la personne qui pour lui était la plus apte à l'aider. Il s'agissait de Kevin, "le rebelle", c’était ainsi qu'il était surnommé dans la classe ou plutôt l'école. Kevin était l'opposé direct d’Éric dans tous les domaines. Il n'avait honte de rien, violent, agressif et perturbateur. On pourrait le désigner comme le fils de Satan tant il était diabolique. Éric alla à sa rencontre dans le but de pouvoir être comme lui.

Éric trouva Kevin au parc, son lieu de prédilection. Il venait dans ce parc tous les jours et y passait des journées entières à flâner ou déranger des passants. Éric le trouva assis sur un banc
calme et silencieux ; il se dit qu'il pensait certainement à la prochaine folie qu'il commettrait le lendemain. Éric se rapprocha lentement de Kevin, peut-être par timidité ou bien tout simplement par crainte.
"Salut, tu peux m’aider s'il te plaît ? supplia Éric.
- Non, et pourquoi tu veux que j’t'aide ?
- Parce que j'ai besoin de ton aide, je dois désobéir à mon père. Il veut me marier de force.
- D'accord mais à une seule condition, dit Kevin.
- Laquelle ? Laquelle ? s’empressa Éric.
- Jette ces œufs sur cet homme là-bas ! ordonna Kevin en pointant un vieillard qui nourrissait les canards.
- Pourquoi veux-tu que je fasse ça ?
- Parce que c'est marrant tu n’trouves pas ?
- Je n'ai jamais fait une chose pareille, je ne peux donc pas te donner mon avis.
- Bah t’as plus qu'à essayer, conclut Kevin.
- Je refuse !
- C’est bien… t’as pas besoin de moi si tu me désobéis.
- S’il te plaît…
- D’accord, j’aimerais bien te voir te rebeller".
Il attendait dans une salle sombre depuis un moment qui lui semblait être une éternité, cette salle ne contenait rien mis à part deux chaises. Il était assis sur l'une d'elle, menotté les mains derrière le dossier et se demandait à quoi servait l'autre chaise. Il entendit la porte grincer. Il leva la tête et vit une femme munie de dossiers entrer dans la pièce. Elle s'assit en face de lui et l'observa minutieusement sans faire de bruit pendant quelques minutes, ce qui l'agaça au plus haut point. Il ne put se contenir.
" Que voulez-vous ? demanda-t-il.
- Je veux simplement des réponses, répondit-elle calmement.
- Qui êtes-vous ?
- Stop ! C'est moi qui pose les questions ici !
- Qui êtes-vous ?
Elle ne répondit pas et quitta tout simplement la salle, sans rien dire.
Deux mois étaient passés. Éric était devenu son propre contraire aussi démoniaque que son acolyte Kevin. Il ne travaillait plus à l'école, désobéissait à ses enseignants, martyrisait ses
camarades, perturbait les professeurs pendant leurs explications et beaucoup d'autres choses allant contre les règles. Cependant il ne réussissait toujours pas à contredire son père à propos de ce mariage. A cause de son manque de courage, il se maudissait constamment. Kevin l'encourageait vivement et à sa manière à faire face à son père. C’était même le sujet de leur première dispute.
Néanmoins, Éric prit son courage à deux mains et appela son père. Il attendait nerveusement son arrivée depuis vingt minutes, quand la porte s'ouvrit sur ce dernier. Son père entra et s'assit sans dire un mot. Lorsqu'il fut à son aise, il se décida enfin à parler :

“ Qu'est-ce qu’y a ?
- Je .... Euh ... voilà, bégaya Éric
- Qu'est-ce que t’as ?
- Ri ... rien.
- Alors pourquoi tu m'as appelé ?
- C’est... c’est… pour te dire... Te dire...
- Me dire quoi ? Comporte toi comme un homme, tu m’fais perdre mon temps alors dis-moi
c’que t’as !
- C’est … à … propos.
- A propos de quoi ?
- Du ma ... ma ... maria .... mariage.
- Ah ! Tu veux m’parler du mariage ? Pourquoi tu bègues pour si peu ? Alors c'est quoi le problème avec le mariage ? Tu veux fixer une date ?
- No... Non.
- Tu veux savoir pourquoi ça prend beaucoup de temps ?
- No... No ... non.
- Tu veux voir la fille ?
- No ... no ... non.
- Alors qu'est-ce qu’y a ?"
Éric respira un bon coup avant de s'élancer :
"Je ne veux pas de ce mariage !"
Son père ne répondit pas, il resta silencieux pendant quelques minutes puis son regard s'assombrit.

Il empoigna Éric par le col de son blouson et le plaqua violemment contre le mur.
Éric ne se laissa pas faire, il poussa violemment son père qui recula. Les deux se firent face, le regard menaçant.
"Tu oses me désobéir ingrat ! cria le père
- Je m’en fiche ! Tu peux rien faire vieil ivrogne ! cria à son tour Éric.
- J’vais te tuer ! Tu n’es rien sans moi, je suis ton père !
- Je ne t’ai jamais considéré comme mon père, tu n’es qu’un vieil ivrogne !"
Le père d’Éric, excédé par l’insolence de son fils, lui sauta dessus avec rage. Ils se mirent à se battre violemment.
Il ne savait plus combien de temps était passé après la sortie de cette femme. Au bout d'un moment, rongé par la faim, il se mit à crier de toutes ses forces :
"Apportez-moi à manger! J’ai faim !"
Il cria la même phrase plusieurs fois, sans réponse. Gagné par la fatigue et dépité, il finit par se taire. Au même moment, la porte s'ouvrit sur la mystérieuse femme munie d'un plateau garni
d'une miche de pain et d'un verre d'eau. Elle s'approcha de lui et lui tendit le plateau. Il l'arracha littéralement et dévora le contenu avec férocité. La femme attendit patiemment qu’il termine pour lui poser une question qui signalait le début de son malheur.
"Pourquoi avez-vous assassiné votre fils ? "

Par Ousseynou Fofana

Profil2Je m'appelle Ousseynou Fofana, j'ai 19 ans et je suis actuellement à l'école de la deuxième chance. C'est une formation qui aide les jeunes déscolarisés à ce réinsérer dans la vie professionnelle. Mon projet professionnel est le métier d'avocat. Ma formatrice Karoline DESEILLE m'a un jour parlé de ce concours d'écriture, car je lui avais présenté une fois un écrit personnel, je suis de nature compétitive et le thème me parlais assez j'ai donc décidé de m'inscrire.